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« Vis ma vie de confiné » : Philippe, restaurateur bergeracois

Philippe est un restaurateur et un commerçant bien connu des Bergeracois. Son établissement, le Bistrot de l’ancien temple, s’est imposé comme une institution sur la place du marché couvert. Contraint à la fermeture administrative en raison de la Covid19, il nous livre son confinement, à l’image d’une profession qui se bat désormais pour sa propre survie.

Etre restaurateur, c’est une passion, souvent celle d’une vie. Etre restaurateur, c’est la vie.  C’est placer le partage au cœur de son activité : celui de la cuisine avec la clientèle, celui d’un plat autour d’une table, celui de toute une équipe de la cuisine à la salle pour vous accueillir dans les meilleures conditions. La gastronomie est une composante essentielle de notre identité ; cette saloperie de maladie ne doit pas en avoir raison. Pourtant, à l’heure où les commerçants se préparent à rouvrir leurs portes, les restaurateurs restent sur le bord du chemin, presque livrés en pâture comme le dernier vecteur potentiel de propagation de la maladie : « c’est dur, très dur » nous avoue Philippe.

Et il faut bien évoquer ce sentiment étrange qui vous étreint en franchissant le seuil de ce lieu désormais interdit. Une petite lampe éclaire le fond du restaurant. Cet espace qui vous était pourtant si familier est désormais voué au silence, au froid presque. Ce sont vos propres repères qui sont bouleversés, comme si une partie de votre propre vie avait été chamboulée.  Plus d’odeur, pas de senteurs, pas même le bruit d’une hotte ou d’une main experte maniant le fouet dans un cul de poule.  Plus de personnel qui s’active, de clients qui s’esclaffent, … plus de vie. Et Philippe, seul, au fond de son restaurant, au milieu des tables et des chaises empilées. Il ne vous accueillera pas par son traditionnel « Salut, les loulous, vous serez combien ce midi ? ». Non, comme des milliers de restaurateurs en France, il n’a plus le droit de travailler. Et c’est l’attente qui dure : celle d’une hypothétique date de réouverture, celle des possibles indemnisations.  

Vis ma vie de confiné quand tu es restaurateur, ce sont d’abord des nuits difficiles à passer. « Je dors mal, je gamberge, c’est certain », nous dit Philippe. Il y a le sort des salariés à régler, des extras… comme autant de vies malmenées par le chômage partiel. Tous les matins ou presque, Philippe se rend au restaurant. Il s’active pour faire des travaux d’embellissement, des remises en peinture, et « faire de la paperasse, pour bien vérifier que rien n’a été oublié. Je n’ai plus aucune entrée de recettes, que des charges. Les contacts avec le comptable sont ultra-fréquents ». L’après-midi, Philippe essaye de rattraper ces mille et un petits travaux que l’on remet toujours au lendemain ou aux vacances dès lors qu’il s’agit de travailler sur sa propre maison. Le bricolage se fait défouloir, thérapie peut-être, palliatif à l’angoisse du lendemain assurément.

L’attente est longue, interminable presque. Il ne faut pas oublier que, déjà, le premier confinement avait été beaucoup plus long que pour les autres professions et que l’activité bar avait été strictement réduite à des commandes assises… Alors, il y a bien les dernières annonces présidentielles : « il y a au moins une date, contrairement au premier confinement… mais comment croire ou espérer une réouverture pour le 20 janvier ? »  nous dit Philippe. Il y a des annonces quant à de possibles indemnisations, mais sera-t-il éligible ? « Ce qui est certain, c’est que si vous voulez m’aider, revenez manger au restaurant dès que nous pourrons rouvrir ». On a presque du mal à se quitter. C’est injuste. Et puis merde, y en a marre de cette maladie. C’est gratuit mais ca défoule.

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