Economie

Souvenir : une balade à la foire exposition de Bergerac.

La foire exposition de Bergerac avait renoué avec le succès au tournant des années 1980. Le public des concerts aidant, les exposants rivalisent d’ingéniosité et d’innovations pour attirer les clients potentiels. Les acteurs économiques du territoire sont sollicités et jouent le jeu. Comment ne pas aborder l’Institut des Tabacs, au détour d’un stand où un bolide de Formule 1 est brillamment exposé ? Attention sujet écologiquement et sanitairement dangereux…

Nous poursuivons notre rubrique des souvenirs anodins qui font la mémoire d’une ville. Vous souvenez-vous du jour où la Formule 1 de Jacques Laffite ornait le stand de la SEITA à la foire exposition de Bergerac ? Un père de famille accompagne son fils, ils sont heureux d’un moment partagé sur le stand d’un grand groupe cigarettier français. En 1984, on ne parle pas encore de la loi Evin. René Dumont a bien été candidat aux élections présidentielles, dix années auparavant, mais la voiture est reine et le moteur turbo et sa consommation d’essence astronomique dominent les circuits automobiles. La foire exposition de Bergerac est la vitrine de la richesse et de la diversité économique de notre territoire. Bergerac et le tabac constituent une vieille histoire : le centre de formation des planteurs sur la rive gauche, l’institut avec des recherches génétiques de premier ordre, le musée du Tabac fondé au tournant des années 1950… Quoi de mieux qu’une voiture de course pour faire la promotion d’une marque de cigarettes ? « Devenez pilote de course » annonce de manière péremptoire le stand Gitanes dans les allées de la foire expo. Jacques Laffite, le pilote phare de l’équipe Ligier, est à l’honneur d’un petit film pour le public. La stratégie commerciale de la SEITA s’exprime dans toute son efficacité en présentant au public la Ligier Talbot-Matra de 1981.

Ligier et la formule 1, c’est un peu l’histoire d’une aventure « made in France » au sein d’une discipline automobile dominée par les Britanniques et les Italiens. L’histoire commence en 1976. Comme pour toute discipline automobile, il faut de l’argent. Guy Ligier décroche le soutien de la SEITA qui s’offre en retour une vitrine commerciale sur les circuits du monde entier. Le slogan est connu en plein choc pétrolier : « En France, on n’a pas de pétrole mais on a Ligier ». L’adhésion populaire se fait jour autour de ces voitures aussi françaises que leurs pilotes. Si les débuts sont difficiles, la technique de l’effet de sol est rapidement maîtrisée par les petits bolides à la livrée bleue de France. Dès 1979, les pilotes Jacques Laffite et Patrick Depailler conduisent Ligier au sommet de la discipline ; des victoires mais pas de titre mondial. Les voitures françaises ratent le virage des moteurs turbo-compressés qu’elles n’obtiennent qu’en 1984. Pour l’heure à la foire de Bergerac, comme pour l’élan voulu par le gouvernement de l’époque, l’heure est à la modernisation de l’économie française. Ligier est un proche de François Mitterrand. La voiture exposée, celle de 1981, victorieuse à deux reprises aux Grands Prix d’Autriche et du Canada, renvoie l’image d’une technologie gagnante et 100 % française : chassie Ligier, Moteur Talbot Matra, carburant Elf et pneumatiques Michelin. Ne parle-t-on pas aujourd’hui de relocalisation de l’économie ?

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